Highway to symphonic orchestra

By zo.

 

hhrestrung.jpgBond, quatuor de jolies jeunes femmes à l’air raffiné et intelligent ayant tenté d’émerger en 2005, avait montré que la musique classique n’était plus dénuée d’intérêt pour les commerciaux des maisons de disques. Pourtant sexy, le résultat puait l’arnaque. Ce qui est sûr, c’est que pour nombre d’artistes et de chanteurs, jouer avec un orchestre philharmonique est également un fantasme. Puisque commercialement, cela n’a plus rien de hasbeen, ils sont de plus en plus nombreux à franchir le pas quand ils en ont les moyens.

N’arrivant pas au talon de Kanye West d’un point de vue mondial, Hilltop Hoods est tout de même le groupe de rap n° 1 dans son pays : l’Australie. Il y claque enfin des disques d’or avec son rap qui évoque un peu un Ugly Duckling assagit, fait par deux MCs plus posés que cocasses. Rimes rapides, bonnes basses, ambiances funky sans grandiloquence et un DJ qui ne sert pas de potiche pour deux flows solides. Moins délirant, plus académique, mais tout de même bien frais ! Reconnu au pays des kangourous, plus célèbre pour ses rockeurs à haut voltage, et excellent vu d’Europe si il en est, le groupe ne s’est pas montré frileux et a lui aussi tenté l’aventure de la collaboration avec un ensemble orchestral. A l’arrivée, c’est une renaissance : celle de leur dernier album, “The hard road”, rejoué avec l’orchestre symphonique d’Adélaïde, sous la direction croisée de Rainer Jozeps et du jeune et arrangeur compositeur australien Jamie Messenger pour un résultat impressionnant.

Si l’album garde sa verve efficace et ses intonations, ponctuées par l’accent australien, Hilltop Hoods ayant la faculté de produire un rap aussi motivant que relaxant, aussi sec dans les flows que frais dans les productions, sa réinterprétation en décuple les capacités d’évasion. Car c’est bien la mise en parallèle des deux disques qui est la plus fascinante. Si les beats restent “électroniques” et mécaniques, les ajouts de violons et de cordes sont tout simplement d’une rare ampleur. “An audience with the devil” prend une tournure dramatique, à l’image d’ailleurs de la plupart de l’album. Avec leurs notes cinglantes et leurs envolées tourbillonnantes, l’omniprésence des ensembles de cordes emmène les MCs dans une dimension tantôt épique, tantôt mélodramatique. “The hard road” prend une tournure panoramique, presque aérienne. Tambours et cuivres en guise d’arrangements emplissent tout espace vide et clôturent parfois les morceaux avec autant de hargne que de finesse. Plusieurs samples subsistent, à l’image de la guitare électrique de “What a great night“, qui se voit accompagnée d’une flûte semblant serpenter son manche. Musicalement, la valeur ajoutée de cette version “Restrung” est la capacité d’évasion mais aussi de grandeur qui se dégage des productions rejouées par l’orchestre philharmonique d’Adélaïde.

Véritable bouffée d’air, les arrangements de Jamie Messenger et la direction de Rainer Jozeps sont donc des plus vivifiants pour un album qui n’avait pourtant absolument pas à rougir de ses productions. La faculté des instrumentistes à accompagner les flows et scratches montre leur conscience d’une musicalité dans le rap, chose que tous les « puristes » de la musique classique n’admettront pas forcément, même devant une telle initiative. The captured vibe”, tel est le titre de l’interlude scratch de l’album. Capturer l’esprit de la musique d’Hilltop Hoods et la magnifier telle l’immensité des paysages d’un western spaghetti, telle la grandeur des troupes d’un péplum, voilà ce qu’a réussi à faire l’orchestre symphonique d’Adélaïde. “The hard road restrung”, œuvre d’une richesse rare, qui semble transformer un album de rap en sa propre bande originale.

premiers titres de Hilltop Hoods (téléchargement gratuit et légal)

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