Thierry Jonquet – Ils sont votre épouvante, vous êtes leur crainte

19 novembre, 2009 par zo.

(2005 – 389 pages)

Certigny, petite ville de banlieue rattrapée par les HLM à la française, est coupée en 4. Un camembert urbain dont dégouline les ratés du bleu-blanc-rouge, dont émane l’odeur fétide d’une devise en putréfaction. Plus personne ne veut y foutre les pieds. Sauf Thierry Jonquet qui vient y balader son écriture, et tire au bout de la laisse de sa plume une cascade de clichés. Quartiers mis en coupe par des chefs de bande, travailleur honnêtes et précaires écrasés par une délinquance qui ressemble aux années de plomb, éducation nationale déliquescente, islam maniée par des gens plein de venin qui utilisent la misère comme carburant à l’endoctrinement, salafistes incarnés par des gens biens sous tous rapports, séduisants, omniprésence de la dichotomie juif/musulman, keufs frustrés et usés de n’arriver que lorsqu’il ne que reste des miettes du gâteau, lâcheté sociale, implosion des services publics… Bon c’est fini là ? Non, même pas. Car Joncquet empile les clichés, les mets en rang au point que de méprisables, ils deviennent déprimants, telle une rangée de bagnards dans leurs uniformes gris. Et le problème de ces clichés, c’est qu’en plus d’être réels, ils sont maniés par quelqu’un qui sait porter une intrigue et faire entrer en collision le poids de l’histoire avec l’impact de l’actualité. Le lecteur aura beau avoir les yeux noisettes, les lignes de “Ils sont votre épouvante et vous êtes leur crainte” les rendront gris.

Enfant terrible & créature ratée

29 octobre, 2009 par zo.

casey - créature ratéeEn panne de cadeau de Noël ? Pensez à une boîte de pansements, car avec la sortie de “Libérez la bête”, le second album de Casey, 2010 démarrera sous une pluie de rimes contondantes. Et si le clip d”Apprends à t’taire’ ôtait la goupille des grenades verbales chères à la rappeuse, il n’était qu’une mince échographie de l’enfant terrible que seront ses voisins de tracklist. Pour s’en convaincre, ‘Créature ratée’, extirpé du dossier médical de la bête – et qui sera bientôt clippé par Chris Macari -, annonce un peu plus les dégâts à venir : La MC du Blanc-Mesnil n’a jamais été aussi noire. De la peau à l’âme en passant par ses humeurs.

Accéder au son sur l’abcdrduson.com

Merci à Julien.

Elmore Leonard – Médecine apache

29 octobre, 2009 par zo.

(2004 – 285 pages)

Elmore Leonard - Médecine ApacheDifficile d’avoir un oeil critique sur ce recueil de nouvelles. Car le Elmore Leonard auteur de western est bien différent du Elmore Leonard écrivant des polars. Romancer la “conquête de l’Ouest”, même sous forme de courtes nouvelles, ne manque pourtant pas de charme. C’est un monde assez rugueux et rempli de contrastes pour qu’il devienne fascinant. Ses déserts mettent les hommes à l’épreuve, les replacent face à eux-mêmes. Et surtout, cette période de l’histoire pose un constat propice à un bel exercice littéraire : cette colonisation (car c’en est bien une comme le montre bien l’auteur) est singulière. Elle est la seule à avoir été celle du vide.

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Thierry Jonquet – Moloch

19 octobre, 2009 par zo.

(1998 – 427 pages)

Thierry Jonquet - MolochPremière page : une brigade d’inspecteurs de la Criminelle découvre quatre corps brûlés vifs dans un terrain vague à proximité de la porte de la Chapelle. Ils n’ont aucune piste, aucun témoin. Même les expertises médico-légales sont laborieuses, puisque effectuées sur des cadavres qui à chaque geste risquent de devenir des tas de cendres. Quelques pages plus tard, le lecteur comprend que ces victimes sont des enfants. Le choc est bien à la hauteur du spectacle. Et pourtant, la crim’ continue de tourner en rond, de multiplier les pistes sans vraiment savoir où aller. Ces flics, ils sont presque caricaturaux : sur-sollicités, ambigus, teigneux, parfois plus blessés par la vie que par leur métier. Mais l’horreur les marque assez pour qu’elle leur tienne à/au cœur. Ils veulent savoir. Ce n’est même plus une histoire de vengeance. Ce sentiment là, quelqu’un s’en charge à leur place, car c’est un marginal qui remonte la piste de ces meurtres odieux. Lui a quelqu’un à venger, et il le fait savoir. Tandis que ses lettres arrivent sur le bureau du juge, il sert de fil d’Ariane aux inspecteurs occupés à ratisser Paris et son milieu. Celui qui est trop crapuleux pour s’écrire avec un grand “M” mais où se rencontrent les spécialités des criminels roumains et les us et coutumes des trafics propres aux boulevards extérieurs de la capitale. Les cadavres s’empilent, et la Criminelle est reléguée au rôle de charognard. Les salopards paient, alors elle s’en accommode. Quand la rédemption entre en scène, la frustration professionnelle la quitte sur la pointe des pieds.

Mené d’une écriture franche (sans omission, soignée bien que sans ambages), prenant par sa faculté à croiser plusieurs trames, “Moloch” est de ces livres qui utilisent les personnages comme des grenades. L’auteur les dégoupille avec subtilité pour créer de véritables déflagrations dans le récit. Pourtant, derrière ses protagonistes artilleurs et leurs actes parfois kamikazes, le roman cache une réflexion bien plus poussée, qui surgit des pages tel des éclats d’engin explosifs. Eclats qui vont du Rwanda à Munch, de Munchausen à l’art corporel. “Moloch” pète, “Moloch” détonne, “Moloch” aurait pu sentir la poudre. Mais il a préféré être comme une série de bombes, qui exploseraient successivement avec plus ou moins de force, mais dont les impacts du souffle s’accumuleraient. Ici, ils arrivent groupés dans les dernières pages. Voilà pourquoi le livre se finit à plat ventre, les mains sur la tête.

Et pour ceux intéressés, sachez que ce livre a fait l’objet d’un procès pour violation de l’instruction. Des éléments complémentaires sont disponibles sur le site officiel de l’auteur défunt. Ils traitent entre autre du surprenant et terrifiant syndrome de Münchausen par procuration. Attention, risques de spoiler !

Arto Paasilinna – Le bestial serviteur du pasteur Huuskonen

19 octobre, 2009 par zo.

(1995 – 305 pages)

Arto Paasilinna - Le bestial serviteur du pasteur Huuskonen

Il y a quelques semaines, au détour d’un forum, un internaute avait réagit à ma lecture de “Petits suicides entre amis“. Fort aimable, ce dernier m’avait orienté dans ma poursuite de l’œuvre de Paasilinna, en distribuant sans ambages ni grandiloquence bons et mauvais points sur chacun de ses livres.  Problème : j’entends tellement d’avis, emmagasine tant d’infos, que je n’arrive plus à suivre, si bien que j’ai l’impression de devenir complètement con. A moins que je le sois de plus en plus. Tout simplement. Bref, peu importe, chacun ses angoisses existentielles et j’en ai d’ailleurs déjà parlé ici même.

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