Chronique : Helium – Helium

3 février, 2010 par zo.

Les apparences sont trompeuses. Avec son zeppelin qui flotte dans les airs et un début d’E.P qui commence par une guitare acoustique dont les accords sont en roue libre, Helium laisse présager un univers vaporeux, mélodique, flottant. Une première impression qui se met à chanceler après deux minutes et des poussières. Et qui s’effondre dès la seconde piste. Si d’après les observations les plus « grossières » ce son là commence façon Radiohead, c’est pour mieux s’ouvrir une brèche dans laquelle il se murmure qu’Helium touche les années 90 du bout des doigts. Une brèche où des noms tels qu’Alice in Chains, Soundgarden, Pearl Jam se dessinent sur les lèvres de ceux qui écoutent cet E.P.

Alors, Helium, apôtres du grunge en résumé ? Attention, le genre a toujours été connoté comme manquant de subtilité, comme si enfoncer le manche d’une guitare dans un ampli était la métaphore d’un refoulement de toute technique créatrice au profit d’une simplicité sale, dévastatrice, et qui dans les 90’s s’avérait salvatrice. Il faut dire qu’en ce temps, le terrain était occupé par un hard-rock et un métal où le concours du solo le plus dingue rivalisait avec celui de la dégaine la plus dégoulinante. Du coup, quand le grunge est arrivé, c’est d’abord l’efficace simplicité d’un Nirvana venant baisser le rideau sur les crâneries de Marty Friedman, les lèvres botoxées de Steven Tyler, ou encore les caleçons made-in USA d’Axl Rose qui s’est imposée dans les esprits…

Lire la chronique complète

George P. Pelecanos – Un nommé Peter Karras

27 janvier, 2010 par zo.

Avec un peu de provocation et pas beaucoup de politiquement correct, le succès de George P. Pelecanos pourrait s’expliquer ainsi : il écrit des livres pour les blancs qui secrètement, aurait quand même voulu savoir ce que c’est d’être un noir. Derrière la provocation, il y a la vérité, beaucoup plus analytique et juste : Pelecanos sait où sont les barrières, et pas seulement raciales. Il a compris ce qui vu de France, semble (est ?) une spécificité de l’Amérique : un pays où l’immigration est une boucle, à la fois l’origine et le futur, la fierté et la peur. Un pays où l’idée de la communauté est tout sauf indivisible. Chez nous, on appelle ça le communautarisme. Vu d’ici, on appelle ça le melting-pot. Cherchez la nuance.

« Tu te disais ? De ton point de vue, tu as raison. D’ailleurs, y a un tas de types, là dehors, qui pensent comme toi. Ils parlent d’égalité, de droits identiques et ainsi de suite. Si c’est ce qu’ils veulent, très bien. Moi, je suis un homme d’affaires prospère. Dans mon monde, Karras. J’ai ma propre musique, mes femmes, ma façon de m’habiller, j’ai mon propre style. Tous les endroits où je veux vraiment aller, je peux y aller. Je vais où je veux, et je vois qui je veux. Quand j’étais gamin, là bas dans le Southwest, je voyais rarement un blanc ou une blanche dans mon quartier. Quand ça arrivait, j’avais l’impression de regarder quelqu’un venu d’une autre planète. Vous aviez l’air différent, vous parliez d’une façon différente. Même votre odeur était différente. Et ça m’a pas empêché de grandir. Alors pourquoi j’aurais envie que ça change maintenant ? Pourquoi j’aurais envie d’aller m’assoir à côté de toi dans un bar ? Qu’est ce que ça va m’apporter de plus franchement ? »

Pelecanos a compris que l’Amérique ne s’exprimait jamais mieux que dans ses détails, tantôt fédérateurs, souvent séparateurs. C’est eux qui trahissent votre camp. Bien plus que votre couleur de peau. Ce sont des étendards ou des labels, selon si ils sont brandis consciemment ou imprimés dans les plus profondes habitudes. Et c’est cette force d’appropriation des choses qui transpire de « Un nommé Peter Karras ». Cette aptitude qu’ont les communautés de Washington à ne pas avoir besoin d’un plan punaisé dans une mairie ou un commissariat de police pour montrer comment elles quadrillent la ville, puisque leur capacité à s’arroger les choses suffisent. Elles ont leurs bars, leurs effluves, leur musique, leurs passants avec leurs vêtements et leurs attitudes, leur circulation, avec leurs bagnoles et le bruit qui va avec, leurs langues,  et surtout leurs problèmes et leur manière de les résoudre. Pelecanos sait manier le nuancier des ambiances, construit des décors basés sur des impressions, des regards, hérités de tous ces peuples qui ont fait des Etats-Unis leur territoire. Clic Clac, écriture de photographe, de cinéaste, qui imprime chaque détail, nourrit sa pellicule grain par grain du moindre élément. Jamais l’accessoire n’aura été aussi essentiel. Tout est dans l’attitude Dude. Tout est question de regards, d’empilement de champs / contre-champs, portés par un passé qui rattrape le présent en courant au point de bomber le torse pour tenter d’arracher la ligne d’arrivée au nez et à la barbe du futur. En narration, ça s’appelle maîtriser le suspens. Et comparer le DC Quartet à l’incomparable, c’est à dire le L.A Quartet de James Ellroy, ce n’est pas lui rendre service. Car pendant que l’American Dog sanctifie les démons, Pelecanos les absout.

La minute de non-droit #12

22 janvier, 2010 par zo.

Alexis Molotov : "Don Krespo est notre meilleur client, il fait la fierté de l'entreprise"

Non mais sérieusement, vous aviez vraiment cru qu’il était mort ?

No comment

12 janvier, 2010 par zo.

James Lee Burke – La pluie de néon

12 janvier, 2010 par zo.

En plus d’être un très beau titre, « La pluie de néon » dépeint en filigrane le triptyque autour duquel s’articule ce premier volume du cycle Dave Robicheaux : des milliers de bris de verre, à l’image de fragments de vie qui explosent, des enseignes de bars où la chaleur se distille au fond des gosiers, et puis la pluie… La pluie et ses symboles : la tristesse, l’épreuve, mais aussi ces averses qui rincent et nettoient autant de lieux que d’existences. Particulièrement dans ce sud des Etats-Unis, à l’orée de la Nouvelle-Orléans et de ses alentours, région de paradoxes où le sale boulot est souvent le mieux fait de tous. Une terre de contrastes, que le lieutenant de police Dave Robicheaux symbolise à lui seul tant il évolue entre envolées lyriques pour le décor qui l’entoure et avilissement de lui-même. Sandwichs aux crevettes et contemplation des flamands roses sont les parenthèses dans lesquelles il loge une enquête sur des rumeurs sur son compte émanant du Death Row. Des « on dit » qui réveillent ses vieux démons, ceux de la bouteille et du Viêt Nam. Car c’est bien cela qu’écrit James Lee Burke : les descentes d’un seul homme, du goulot à l’enfer, dans un paysage où la vie comme la violence surgissent de partout, où il fait bon vivre et où il y a tant d’endroits où poser le pied peut amener à mourir. Magnifiquement traduit par Freddy Michalski (qui a traduit avec brio la quasi-totalité des James Ellroy parus chez Rivages/Noir), hormis cette luxuriante et onirique Louisiane qu’elle laisse en paix, « La pluie de néon » ne se prive pas de brouiller tout ce qui lui tombe sous la main, autant l’intrigue que le style littéraire. Entre quelques gouttes de pluie et quelques gouttes de sang.